Reconfinement – Appel au beau !

 

 

Après plusieurs semaines de désertion des réseaux sociaux, je suis retourné sur Facebook. J’avoue avoir été effrayé autant qu’harassé par l’atmosphère qui y règne. Entre complotisme et millénarisme, donneurs de leçons et prophètes de malheur, mon mur est un véritable mouroir d’espérance. Nous sommes à deux doigts de la fin du monde, l’apocalypse est à nos portes, sonnez trompettes, l’heure du déluge de feu est arrivée !

Tout y passe !  Même le lointain Trump devient anxiogène. Pourtant, quand je relève la tête de mon ordinateur et que je vois la beauté des montagnes qui m’entourent et le calme des habitants du village de ma retraite confinée, je me dis que le réel a plus de force que le virtuel emporté par l’imaginaire galopant. Pour autant, l’Histoire montre qu’un imaginaire collectif est un acteur historique tout aussi important et parfois plus que le réel lui-même. C’est bien l’objet des manipulations et des peurs attisées.

Il y a près de deux ans, j’avais supprimé mon profil Facebook que je trouvais trop dépressif dans les publications que je voyais apparaître sur mon mur. Par la force des choses professionnelles, j’y suis revenu et mes « amis Facebook » sont majoritairement des artistes. Ce qui renforce mon effarement à la lecture des posts que je vois apparaître jour après jour. J’imagine combien, ceux qui n’ont pas la chance d’être amoureusement entourés ou d’être confinés dans un environnement apaisé, doivent facilement se laisser engloutir par la morosité ambiante. Une sinistrose déprimante et galopante fait facilement son siège dans des esprits et des cœurs assaillis de sombres nouvelles.

Si mêmes les hérauts du beau sombrent dans le spleen assombris et névrosé, comment nos contemporains peuvent-ils percevoir la lumière qui par-delà les nuages ne cesse de briller ? Si être seriné de nouvelles sombres, assombrit l’esprit et éteint le cœur, côtoyer le beau apaise l’âme et redonne espérance au cœur. Si le noir entraîne le noir, le beau entraîne le beau.

Nous artistes, plus que tout autre, sommes en charge de l’embellissement du monde. Ne sommes-nous plus capables de l’enchanter ? Bien entendu, nous entendons ici ou là que la culture ne sert à rien, que c’est une variable d’ajustement, que ce n’est pas une priorité. Laissons-les braire et remplissons notre office. Le confinement et les difficultés qui sont les nôtres en cette période de crise nous ont-elles éteint ? Plutôt que de participer au noircissement des réseaux sociaux, n’avons-nous pas le devoir (même si personne ne viendra nous applaudir aux fenêtres) de lui rendre lumière et espoir ?

Je suis de ceux qui pensent que le beau sauve le monde. Or nous faisons profession du beau. Même si cela ne nous rapporte rien économiquement, notre « effort » de guerre n’est-il pas d’endiguer la déprime générale, le défaitisme apocalyptique ambiant par notre art ? Nous sommes confinés, notre seul public est sur les réseaux. Certes il est gratuit, mais il est là et je pense qu’il nous appartient de lui ôter ces idées noires. Je ne dis pas qu’il faut endormir le peuple ou le bercer d’illusion. Il nous appartient juste d’apaiser son âme et de lui redonner assez de beauté pour voir le verre a moitié plein plutôt que totalement vide.

 

 

 

 

Cyril Brun

Cyril Brun, musicien, chef d’orchestre, directeur artistique de plusieurs structures et festivals, membre du Conseil d’administration de Beethoven France, docteur en histoire antique, chargé de cours à l’université de Quimper, mais également passionné de bon vin et de bonnes tables.

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