Variations Schubert à Annecy

Variations Classique, reconverti en cette année Covid en variation de ville, fait partie de ces festivals qui ont tout donné pour s’adapter, résister et offrir, contre vents et virus, un peu de musique classique (et Jazz) au public estival.

Toujours dynamique et aux aguets, l’équipe qui entoure Marianne Gaussiat, en lien avec la municipalité, a, cette année, égrainé un chapelet de concerts dans les jardins et espaces publics de la ville, quand le temps ne s’y opposait pas, comme ce fut le cas, samedi 29 août pour le concert du quatuor Béla, rapatrié salle Lamy.

A quelques heures des attendues déclarations gouvernementales, les normes sanitaires étaient respectées pour écouter Mozart et Schubert. Mozart dans une oeuvre de jeunesse italienne(Quatuor milanais en Sol Majeur) qui, disons-le, supportait mal la confrontation avec le très travaillé Quintet en ut pour deux violoncelles de Schubert.

Un Mozart d’autant moins à son avantage qu’il pâtit, comme souvent pour les morceaux d’ouverture, du manque d’ensemble des premières mesures, celles pendant lesquelles les musiciens se cherchent, prennent corps avec la salle et le public. D’une manière générale, le manque d’ensemble de l’exécution du premier mouvement donnait l’impression d’un tour de chauffe. Sans réelle respiration, les notes avançaient droit vers la fin. Le second mouvement mit en valeur de belles sonorités, mais ne trouvait pas davantage de respiration, laissant une pièce assez rectiligne, alors que les bases d’accord s’en trouvaient rendues approximatifs. Les parties se superposaient plus qu’elles ne se répondaient, parfois avec un peu de confusion, plus globalement propre, mais invariablement rectilignes, sans véritable relief. Impression confirmée par les poses de fin qui n’en étant pas vraiment ne concluaient pas réellement le mouvement. Au troisième mouvement, les musiciens du quatuor Béla semble s’être trouvés. L’ensemble plus précis est agrémenté d’agréables rebondis bien mozartiens, mais le finale, trop vite lâché, ne se pose pas, nous laissant sur cette impression initiale rectiligne, servant de mise en place.

Schubert, qui vit l’arrivée de Noémie Boutin, fut d’une toute autre facture. Plus d’ensemble et d’expression, quoique les accompagnements ne furent pas suffisamment intégrés. Ce sont pourtant les belles nuances nourrissant de vraies tensions harmoniques que nous avons envie de retenir, malgré ce toujours présent manque d’ensemble. Des longueurs toutefois, à chaque perte du discours harmonique, renforcé par des tenues ou posés de notes qui ne vont pas au bout de leur valeur. Au fond, l’ensemble des instruments peinaient à se marier entre eux, notamment du point de vue du style d’expression et de jeu, tandis que les silences manquaient d’expression, limités à la simple interruption du son. C’est dans les mouvements, ou passages vifs que l’on retrouve l’ensemble Béla, uni et tonique, réveillant une interprétation un peu plus lâche dans les mouvements lents. Le finale pour sa part, rassemblant expression et direction de la ligne musicale sut emporter, avec plaisir, la salle visiblement heureuse de ce moment chambriste.

 

Cyril Brun

Cyril Brun, musicien, chef d’orchestre, directeur artistique de plusieurs structures et festivals, membre du Conseil d’administration de Beethoven France, docteur en histoire antique, chargé de cours à l’université de Quimper, mais également passionné de bon vin et de bonnes tables.

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