Concert live et confinement, une vraie bonne idée ?

Concernés dès les premiers temps de l’épidémie, les artistes, touchés par les annulations de concerts, sont peut-être, après le milieu hospitalier, les premiers à avoir eu une conscience aiguë de la crise. Lorsque le confinement a été décrété, ils étaient donc déjà dans cette ambiance à la fois morose, fébrile, mais également créative, à la recherche d’alternative.

Aussi, lorsque le 17 mars, la France s’est mise au ralenti, beaucoup étaient prêts à lancer de multiples initiatives. Dans la suite des enthousiasmes joyeux dont les Italiens ont un secret que, disons-le, nous ne savons pas partager aussi spontanément, des tentatives de concerts improvisés ont été lancées, sans grand succès avouons-le.

Mais très vite, comme une traînée de poudre, de nombreux musiciens ont publié des vidéos maison de qualités diverses sur les réseaux sociaux. Qui simplement pour distraire et se distraire, qui pour faire rire, qui pour participer à l’effort commun de motivation des troupes, qui pour trouver des alternatives financières à l’immense banqueroute qui guette nombre d’entre eux.

Non moins vite, à 24 heures près, les grandes firmes et grandes maisons ont déversé sur les réseaux des accès gratuits aux concerts enregistrés (voir notre article). Générosité solidaire, ou coup de comm’ commerciale ? Peut-être un peu des deux, écrasant dans la foulée les initiatives spontanée de musiciens isolés parfois de grands niveaux du reste. Bien entendu, la qualité sonore des services de la Philharmonie ou de Mezzo sont sans commune mesure avec l’enregistrement iphonique dont doivent se contenter bien des musiciens pris de court. Et même de grands artistes mondialement connus, lancés dans l’aventure y laissent des plumes sonores.

Bien loin de cet article l’idée de juger ces initiatives et surtout pas celles des musiciens se donnant beaucoup de mal pour exister, participer à maintenir la bonne humeur générale autant que possible. Au contraire, ces pépites sont parfois (souvent) des petits moment de grâce, ou simplement de joie lancés sur la toile.

 

Je pose en revanche la question, ici, d’une part de l’impact culturel réel des invitations à ces concerts vidéos. Avec en arrière plan, une question plus intéressante me semble-t-il. Le public habitué sera peut-être intéressé à regarder spontanément ce foisonnement d’offres. Certains parmi ces habitués pourront faire le tri, quand d’autres seront noyés, peut-être blasés du trop plein multiforme. Mais comment attirer le public non habitué au classique ? Comment profiter de ce temps pour « transformer l’essai »? A mon avis pas en livrant de simples vidéos sur la toile.

Le monde de la musique classique n’est pas très rodé au « surfage » numérique. Mais il y a fort à parier que ce n’est pas en ouvrant les vannes de concerts au format standard que nous toucherons un public au mieux indifférent, mais souvent rétif au côté « rasoir » du concert feutré.

C’était ma première question, issue, du reste, d’échanges entre amis musiciens ces derniers jours :

comment profiter de ce temps pour offrir un contenu vidéo musical attractif et original ?

Mais, une autre question a surgi de nos échanges entre musiciens. Il y aura, pour citer l’un d’eux, un après Corona Virus. Cet après inclut évidemment la question précédente. Mais comment va réagir un public qui aura peut-être pris goût au concert live chez soi ? Pour peu que vous ayez un home cinéma de bonne qualité, certains ne vont-ils pas se détourner des salles, comme le disque et ses enregistrement d’exception suffisent déjà à nombre de mélomanes ?

On rétorquera que l’ambiance du concert n’est pas la même et c’est une évidence. Mais l’ambiance du concert est une expérience et une expérience qui a un coût et qui peut ne pas avoir été bonne. Le succès du Metropolitan Opera et ses concerts en direct ou non, du reste, dans les cinémas, montre que l’ambiance n’est pas la première recherche de tout un public qui pourrait donc très bien se contenter d’un excellent home à domicile.

Il y a donc là encore une double question, ces concerts offerts ne vont-ils pas avoir un retour difficile ? Mais derrière cette question, une autre bien plus stimulante se pose, comment faire du concert en salle, un lieu unique ?

C’est une question que bien des musiciens se posent depuis longtemps, laissant libre court à une inventivité passionnante qui demande un esprit « start-up » que les grosses maisons n’ont pas qu’il s’agissent des théâtres ou des festivals.

Une fois encore le but de cet article n’est pas de critiquer l’existant, mais de poser les questions d’avenir alors même que nous avons le temps d’y réfléchir, d’une part. D’autre part de poser, aux musiciens qui postent et travaillent leur vidéos, cette question de l’inventivité ouverte sur demain.

 

Cyril Brun

Cyril Brun, musicien, chef d’orchestre, directeur artistique de plusieurs structures et festivals, membre du Conseil d’administration de Beethoven France, docteur en histoire antique, chargé de cours à l’université de Quimper, mais également passionné de bon vin et de bonnes tables.

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